Auberger Pascale

Auberger Pascale
25 ans / SAINT JEAN DE LA RUELLE
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10.00 Appréciation Globale

10.00 Appréciation Littéraire

Le Village Immobile

1940. Midi, plein soleil sur la place du village. Au milieu de la rue principale,vus de dos: Jean le paysan, les mains dans les poches, Jeanne, dans une robe légère, et le curé dans sa soutane rigide. On distingue entre la robe et la soutane la fin de la colonne qui s’en va rejoindre la grande exode sur des routes incertaines.
Ils vont rester seuls dans ce village déserté et ils partageront leurs solitudes et leurs angoisses. Pendant ce temps précieux, ils se découvriront et s’apprécieront malgré leurs différences. Mais le recueillement ne durera que quelques jours suspendus dans le silence, avant qu’Elle n’arrive.
“C’était pas la dernière! On remet ça!” disait Léon le forgeron en saluant le monument aux morts avant de partir cette nuit avant tout le monde...

Mon résumé

"Le village immobile" est la chronique d'un village français situé quelque part sur la ligne "Maginot" à la veille de la Seconde guerre. L'assaut de l'ennemi est imminent. On le sait inévitable comme la répétition de l'Histoire. Arrive le jour où les autorités dirigeantes annoncent officiellement le sauve-qui-peut général. La précipitation de ce départ exacerbe les traits de la personnalité de quelques figures marquantes du village. Seuls, Jean, Jane, son chat et le curé choisissent de ne pas prendre le chemin de l'exode. Ils vont se découvrir voire s'apprécier au cours des quelques précieux jours qui seront "le rempart d'un avenir promis à l'incertitude" mais que l'on devine terrible avant le retour de la guerre et de sa kyrielle de monstruosités déjà vécues lors du conflit précédent.

Appréciation générale

En une phrase : Portrait statique d'un village à la frontière de la Seconde guerre nota bene : par " frontière" j'entends ici " frontière de par sa dimension géographique" autant que "temporelle" le conflit étant imminent

Ce que j'ai particulièrement apprécié : Il ne m'a pas fallu beaucoup de temps pour entrer dans l'ouvrage et pour ne plus le lâcher. J 'ai d'emblée été touchée par la savante alternance entre la gravité de certains passages ( les retours en arrière avec les atrocités vécues lors de la précédente guerre par exemple) et la pseudo légèreté de certaines anecdotes (souvent puisées dans la singularité existentielle de différents personnages) . J'ai aussi été très sensible au soin apporté aux détails.

Autres commentaires

Style littéraire : Je salue la puissance évocatrice de la plume de Théophile B. aussi efficace dans la description du spectacle glauque offert par les champs de bataille en 18 avec leurs cadavres en putréfaction que dans celle des travers humains des villageois par exemple. J'ai aimé l'empathie de l'auteur jusque dans le parler de ses personnages. " Le manger" plutôt que "repas" ou "nourriture"etc... J'ai été emballée par certaines expressions françaises revisitées très finement par l'auteur comme "un soldat bien ordinaire en Somme" ( ce "S" majuscule! ) L'esprit créatif de l'auteur avec le passage où Jane offre une démonstration du faux patois créé avec ses amis de théâtre. Les jeux de mots issus de mauvaises interprétations et sources de quiproquos comme " la beau harnais"de Joséphine

Mon sentiment sur le titre du livre : Je ne le trouve pas assez fidèle à la grande richesse du contenu de l'ouvrage. L'adjectif "immobile" correspond bien à l'idée d'un décor soudain déserté alors qu'il fourmillait de vie jusqu'à ce portrait statique mais il sous entend une idée de vide où rien ne se passe plus . Or, c'est faux. Pour être constructive je proposerais " L'ombre du retour de la mort sur un village" ?ou " Avenir noir pour un village français" ou...?

Ce que je pense des personnages : Bravo! C'est dans la description des personnages que se trouve toute la dimension psychologique de l'ouvrage et aussi toute la sensibilité de l'auteur. Rien n'est laissé au hasard tant le choix des noms que celui des prénoms et surtout des surnoms (Joséphine", "Léon", "Ange" alias "gros quintal" alias "Quinquin",qui ouvre sur des interrogations plus fines sur le devenir etc..) Ils sont tous attachants quelles que soient leurs qualités, leurs défauts; quel que soit leur passé aussi : Jean, Jane, le curé Martin...

Ce que je pense du thème général du livre : Quelle bonne idée de bâtir son ouvrage sur un village comme personnage principal dans un contexte historique bien particulier. En effet, le village prend ici toute sa dimension humaine sur laquelle il est possible d'intervenir ( Quel régal que le village vu par le petit bout de la lorgnette ... de la voisine du "père crayon"). De plus, sa dimension le différencie de l'anonymat des grandes villes.L'idée de le décrire pris dans la tourmente de l'exode rendu nécessaire par l'imminence de la guerre permet aussi de profiter de l'érudition et l'intelligence des interrogations posées, des réflexions qui s'en suivent dans les situations nombreuses et variées qui surgissent alors comme la pertinence de continuer à croire en un "Dieu-amour" où ce passage où un grand-père qui, après avoir écouté le récit de PETER ! son petit-fils revenu en permission lui dit " je suis triste car j'ai perdu l'enfant innocent que tu étais (...) tremble chaque jour de la peur de te perdre ou de perdre ton âme" etc...

Ce livre ferait-il un bon film ? : OUI! L'auteur fait même allusion à un "beau travelling pour ne caméra qui traverserait la fourmilière ( pour parler des habitants du village en passe de prendre le "chemin incertain de l'exode") avec son et lumière."