Prix du Suspense Psychologique

Président(e) du jury : Franck Thilliez
Concours terminé le : 31/12/2016

Lire le règlement

Informations

Paris, le 27 avril 2017.

INTERVIEWS EXCLUSIVES DE FRANCK THILLIEZ ET DE PATRICIA HESPEL

FRANCK THILLIEZ :

Pourquoi as-tu accepté de lancer ce nouveau type de Prix et quelle importance y attaches-tu ?

Parce que les prix permettent à de nouvelles plumes ou des plumes peu connues du grand public d’émerger. Obtenir un prix, c’est un gage de qualité, d’originalité et l’opportunité d’une belle mise en avant. Mais ce qui m’intéressait surtout, c’était de soutenir un vrai prix de lecteurs. Ce sont eux qui ont poussé, défendu, tel ou tel ouvrage, et finalement, les quelques romans qui émergent sont ceux qui plaisent au plus grand nombre. N’est-ce pas là le but de toute histoire, de toute trame romanesque ? Toucher, émouvoir, interpeller le plus grand nombre ?

Des trois titres finalistes* qui t’ont été présentés, pourquoi as-tu choisi celui de Patricia Hespel ?

Les trois titres avaient des qualités, leurs auteurs avaient travaillé, vraiment, mais le roman de Patricia Hespel se détachait du lot, tant par le style que par la puissance de l’intrigue. Et puis, il était en parfaite adéquation avec le thème du prix : le roman psychologique où le personnage principal se retrouve confronté à une situation qui, de plus en plus, lui échappe et le pousse dans ses retranchements. Le fait qu’il n’y ait pas d’enquête de police mais plutôt une quête d’identité à fort suspense était pour moi un vrai plus.

Qu’as-tu aimé dans son ouvrage ?

L’intrigue, bien sûr, profonde et labyrinthique, mais surtout la psychologie des personnages. Ils sont forts, originaux, complexes, complètement crédibles, ils pourraient être nos voisins, ces gens qu’on croise dans la rue, mais en même temps, ce sont de vrais personnages de roman, porteurs d’espoir, de noirceur, de colère. De véritables brûlots d’émotions que l’on a envie de suivre, d’aimer ou de détester. Dès le début du livre, ils nous agrippent et ne nous lâchent plus, et c’est aujourd’hui tout ce que j’aime dans un roman.

A-t-elle respecté toutes les règles que tu avais mentionnées ?

À la lettre ! Une histoire solide et crédible, la bascule du personnage principal dans un tourbillon d’émotions et de problèmes, et qui va tout faire pour s’en sortir. Les situations de la vie quotidienne, qui soudain tournent au drame. Et surtout, le travail autour de la psychologie des personnages, qui est certainement le point le plus compliqué.

Savais-tu qu’elle avait déjà été éditée ?

Non, je l’ignorais, j’ai lu les manuscrits sans me soucier de savoir qui les avait écrits. Homme, femme, âge, situation, déjà édité ou pas, peu importait. Ce qui comptait, c’était l’émotion ressentie à la lecture. Je me suis porté vers le titre qui m’a le plus emballé, tout simplement.

Le thriller psychologique : est-ce un genre si compliqué ?

Disons que ce n’est pas le plus facile ! Il faut maintenir l’attention du lecteur sur des ressorts psychologiques plutôt que factuels, donner la priorité aux personnages et à leurs émotions, les faire grandir tout au long du livre, pour qu’ils ressortent transformés de l’histoire qu’ils viennent de vivre. Là où le roman policier possède des codes bien identifiés qui permettent de maintenir le suspense (le crime, les indices, les suspects), les éléments à rebondissements du roman psychologique sont moins évidents, il faut se creuser la tête pour les créer, les enchaîner, et faire prendre la sauce pour que le roman soit difficile à reposer sur sa table de nuit !

Tu as dit lors d’une interview précédente : « Peut-être que le lauréat sera le best-seller de l’année… » Y crois-tu encore ?

Il est toujours difficile de donner des prédictions, de savoir quel roman fera un best-seller ou pas, mais en tout cas, ce livre rassemble tous les éléments pour en faire un beau succès en librairie.

Le titre sortira chez Pocket dans un an, en quoi cela te semble-t-il important ?

Le format poche donne une véritable seconde vie au livre, il touche un public différent du grand format, des lecteurs qui attendent la sortie poche pour acheter. Un auteur peut espérer vendre la même quantité qu’un grand format, souvent plus. Pour certains cas, la sortie poche fait exploser les ventes et porte les auteurs à des summums. Une sortie chez Pocket, c’est également l’assurance de se retrouver un peu partout en France, du petit point de vente aux grandes librairies.« La fille derrière la porte », un titre attractif ! 

C’est un bon titre, qui reflète bien le genre du roman, son univers, et qui a évidemment un rapport avec l’histoire. Ce qui se cache derrière une porte est souvent suspect, mystérieux, ou intrigant. On a envie de savoir. Quant à la ressemblance avec « La fille du train », c’est plutôt un hasard, je dirais ; on peut toujours trouver un titre qui ressemble à un autre en cherchant bien !

Faut-il se méfier de ses voisins ?

Nous sommes tous le voisin de quelqu’un (sauf si l’on vit dans une maison de campagne isolée), est-ce que les gens ont raison de se méfier de nous ? Oui ? Non ? Les voisins, c’est tout le monde, et c’est comme partout, il y a des bons et des méchants…

Tu as accepté d’être à nouveau, en 2018, le Président de ce Prix. À l’issue de cette première édition, quels seraient les conseils que tu donnerais aux auteurs qui vont tenter l’aventure ?

Je ne peux que répéter ce que j’ai déjà dit : ce qui est très intéressant dans le suspense psychologique, c’est la « bascule », ce moment bien particulier où l’un des personnages (souvent le principal) va être pris dans une spirale infernale où tout va s’accélérer pour lui. Cette bascule va mettre en avant la psychologie du personnage, on va entrer dans sa tête, le voir se dépêtrer de ses problèmes, il se trouve soudain au cœur du récit. On doit trembler pour ce personnage, partager ses questionnements, être en totale empathie avec lui. Quelque part, ce personnage va mener une quête, une enquête, mais qui ne sera pas forcément policière, le but étant qu’il accède à la vérité et résolve les problèmes qui l’entourent.

Quelle est ton actualité ? Ta nouveauté reçoit-elle un accueil enthousiaste ?

Sharko sort le 11 mai, c’est une nouvelle aventure de mon couple de flics Sharko/Henebelle, avec une grosse enquête qui va les pousser dans leurs retranchements et mettre leurs nerfs à rude épreuve. Lucie Henebelle va tuer quelqu’un par accident au fond d’une cave, hors cadre légal, Sharko va décider de maquiller le crime. Comment vont-ils s’en sortir, eux, policiers au 36 quai des orfèvres ?

* Note de l’éditeur : les trois ouvrages finalistes (plébiscités) avaient des évaluations et moyennes similaires.

 

INTERVIEW PATRICIA HESPEL

Patricia, présente-toi en deux mots.

Je suis une passionnée de lecture, essentiellement des romans, dans tous les genres (fantastique, thriller, polar, fantasy, historique…). Je lis pour le sentiment d’évasion que cela me procure, j’aime découvrir de nouveaux univers, des personnages originaux. Écrire des histoires, c’est ma manière de casser la routine, de mettre de la magie dans le quotidien.

On t’a découverte il y a quelques années avec « Au bout du chemin » qui avait remporté le Grand Prix Femme Actuelle (édité aussi chez Pocket). Puis plus rien, malgré un beau succès commercial et des commentaires élogieux. Pourquoi cette disparition ?

Je n’ai pourtant pas chômé entre-temps. J’ai terminé un autre roman que j’ai pris beaucoup de plaisir à écrire et dans lequel il est également question de voisins, mais dans une tonalité résolument « feel good ». Ensuite, je me suis attaquée à celui-ci. Et il est vrai que « La fille derrière la porte » m’a pris plus de temps que prévu. Il m’a fallu revoir plusieurs fois ma copie avant d’en être satisfaite.

 

Est-ce l’appel à manuscrit de ce Prix « du suspense psychologique » qui t’a décidée à écrire « La fille derrière la porte » ou as-tu ressorti ce texte des tiroirs à cette occasion ?

J’ai commencé « La fille derrière la porte » bien avant de connaître l’existence du Prix. J’étais en train d’y mettre la touche finale lorsque j’ai pris connaissance de l’appel à manuscrits, via Internet. Lorsque j’ai découvert que ce Prix était ouvert aux auteurs déjà publiés (contrairement au prix Femme Actuelle), je me suis dit que je ne pouvais pas laisser passer une si belle occasion. Quoi qu’il arrive, le manuscrit serait lu par des « amateurs du genre » et je recevrais leurs évaluations en retour. J’étais évidemment très curieuse de savoir comment il serait accueilli.

Le succès de « La fille du train » a-t-il eu une incidence sur ton propre roman ?

J’avais entendu parler du succès de « La fille du train » bien sûr, mais pour diverses raisons, je ne l’ai lu que l’hiver dernier, après avoir déposé mon manuscrit sur le site de concours. C’est un thriller efficace et prenant, avec ce côté voyeuriste depuis la fenêtre du train et cette héroïne dont on ne sait pas s’il faut la secouer ou la prendre en pitié. Cette lecture ne m’a donc pas influencée, même si j’y ai trouvé certaines accointances avec les thèmes abordés dans mon roman.

On dit souvent « méfiez-vous de vos voisins ». Es-tu d’accord ?

Pas du tout. Le roman que j’ai écrit juste avant « La Fille derrière la porte » parle également de voisins et incite plutôt à ouvrir sa porte qu’à se méfier. Je suis d’une nature ouverte et accueillante, pas du genre à me méfier. Par ailleurs, la relation qui s’établit entre Léna et Emmy (les héroïnes de ce roman) est plus complexe qu’une relation de voisinage.

En quoi ce titre te tient-il à cœur ?

Le titre évoque pour moi quelqu’un qu’on ne voit pas… qui se cache ? Il est intrigant, suscite l’envie d’en savoir plus : qui est cette fille, pourquoi se tient-elle derrière cette porte ?

J’avais envie que le lecteur se pose ces questions le long de sa lecture, qu’il soit pris et vive avec Emmy son angoissante descente aux enfers ; que, comme elle, il se demande : pourquoi ? Comment ? Je souhaitais également qu’en refermant le livre, il se dise que la démarcation entre le bien et le mal n’est pas si nette, que les choses sont plus grises que noires ou blanches.

 

Y a-t-il des messages que tu as cherché à faire passer ?

Le roman développe deux visions du monde assez extrêmes : l’une des héroïnes voit l’existence comme un combat qui se gagne jour après jour, l’autre se laisse broyer par les événements. Aucune de ces deux visions ne permet de vivre sereinement. À mes yeux, la clé d’une existence réussie se situe à mi-chemin entre ces deux visions, dans un juste dosage entre force et fragilité, entre volonté et acceptation.

 

Que penses-tu de cette vague de romans dit « psychologiques » ? Est-ce pour toi un genre bien particulier, avec ses règles, comme Franck Thilliez l’avait expliqué lors de l’appel à manuscrit ?

J’aime énormément ce genre de romans. Un bon thriller psychologique vous happe, vous le lisez en apnée, impatient de savoir comment les choses vont se dénouer, dans quel état en sortira le héros. Il s’agit en effet pour moi d’un genre particulier : les protagonistes sont pris dans quelque chose qui les dépasse, livrés à eux-mêmes. Ils doivent trouver en eux les ressources qui leur permettront de sortir du piège.

C’est en cela que le suspense psychologique rejoint ma thématique de prédilection (la quête de l’identité personnelle) : poussés à bout, seuls, savons-nous vraiment qui nous sommes ? Jusqu’où nous irions ? De quoi nous serions capables pour préserver ce qui nous est cher ? Les circonstances et les rencontres – même toxiques – peuvent nous révéler à nous-mêmes sous un jour différent, moins lisse, parfois dérangeant.

D’un point de vue technique, je rejoins tout à fait l’avis de Franck Thilliez : l’écriture d’un suspense psychologique est très exigeante. Il s’agit de mettre en scène des personnages aux motivations cohérentes et complexes, une histoire originale et bien construite jusque dans le moindre détail, une tension narrative croissante (chaque info apportée au lecteur doit être dosée : ni trop tôt, ni trop tard, ni trop subtile, ni trop lourde), le tout assorti si possible d’une écriture efficace et sans longueurs. Un fameux challenge en somme dont je n’avais pas tout à fait conscience lorsque j’ai entamé l’écriture de ce roman.

Quels sont les auteurs que tu admires ? L’un d’entre eux t’inspire-t-il particulièrement ?

J’ai souri en lisant l’interview de Franck Thilliez sur le site des Nouveaux Auteurs car les romans qu’il cite sont précisément ceux que j’ai préférés dans ce genre, avec une mention particulière pour « Les Apparences » de Gillian Flynn : un régal ! J’aime également beaucoup les thrillers de Pierre Lemaître.

Franck Thilliez a adoré ton texte et t’a donné ses conseils pour le rendre encore meilleur. Que t’a-t-il conseillé et qu’as-tu réécrit ?

Franck Thilliez m’a conseillé de réécrire la fin qu’il estimait trop longue et qui tournait trop au polar. Concrètement, cela revenait à retravailler les cinquante dernières pages pour conclure en moins de vingt pages ! Et ce, alors que je pensais avoir tout bouclé comme il fallait et en avoir terminé avec l’écriture de ce texte. Passé le choc de l’annonce, je me suis mise au travail et j’ai trouvé une autre manière de dénouer les choses, bien plus naturelle et dans la ligne du récit. Franck avait vu juste, je préfère de loin la conclusion actuelle du roman que celle de la version précédente.

Qu’as-tu envie de lui dire en ce jour de sortie de ton roman ?

Un immense MERCI, bien sûr. Tout d’abord pour ce changement qu’il m’a suggéré d’opérer dans le récit et qui, selon moi, permet à l’histoire de gagner en force. Son regard extérieur et professionnel m’a été très précieux.

Ensuite pour avoir choisi mon manuscrit parmi les autres. Une marque de reconnaissance qui, venant d’un habitué du thriller, conscient des difficultés de cet exercice, me touche énormément. Le fait qu’il ait choisi « La fille derrière la porte » représente une magnifique récompense de tout le travail et du temps passé sur ce texte.

Es-tu surprise d’avoir obtenu à nouveau un « plébiscite » de lecteurs, et cette fois-ci d’amateurs de thrillers ?

Bien sûr. J’en suis à la fois surprise et très heureuse. Leur choix me fait très plaisir car il signifie que j’ai écrit « juste », qu’ils ont été touchés par les émotions que j’ai tenté de faire passer dans le texte, que mes personnages leur ont parlé, qu’ils y ont cru… C’est justement pour toucher les gens, pour ce partage avec les lecteurs que j’écris. Mais je ne m’y attendais pas, bien sûr, d’autant moins que le prix était ouvert à tous les auteurs, même confirmés… C’est à la fois une récompense et un encouragement à recommencer l’exercice ! Pourquoi pas ?

Quelle est la recette de ce succès ? Que travailles-tu particulièrement ?

Je pars toujours d’une « idée », un pitch de quelques lignes. Ensuite, j’écris les premières scènes qui me viennent, pas forcément celles du début, mais celles que je visualise directement, que j’ai envie d’écrire. Cela me permet de prendre contact avec les personnages, de mettre un pied dans l’univers que je souhaite aborder. Une fois la mécanique enclenchée, les choses se construisent petit à petit, parfois même sans que j’en aie conscience : je sens quelle scène doit suivre ou manque à ce qui est déjà écrit. Je boucle ainsi un premier jet, que je retravaille ensuite jusqu’à ce que j’en sois satisfaite. Cette seconde phase est plus technique et rigoureuse, mais elle est essentielle. J’ajoute qu’il est très important pour moi de me faire relire en cours de travail pour disposer de regards extérieurs et frais sur le texte.

D’autres projets de romans ? Dans quel genre ?

Je travaille actuellement à un projet de roman comprenant une part de fantastique. Il y est question de seconde chance, de pardon, d’identité (encore et toujours !) et de différence… mais aussi d’amour. Au travers de mes histoires que je cherche bien sûr à rendre vivantes et prenantes, je cherche à transmettre des émotions et une forme de réflexion sur l’existence. Mon souhait est que le lecteur s’évade au cours de sa lecture et passe un bon moment. Si, au-delà de cela, mon histoire l’a touché plus intimement et fait réfléchir, mon pari est doublement gagné.

 

DP_LNA_Suspense CR.jpg
LNA_WEB_SUSPENS_VERT.jpg